Au détour de mes lectures, j’ai vu de nombreuses réactions quant à la proposition de service civique obligatoire initiée par François Bayrou et annoncée par Emmanuel Macron.
J’en ai lu de très positives et d’autres plus tranchantes.

Un article du Figaro détient la palme puisqu’il démonte brutalement  Emmanuel Macron en un article avec ce gros titre:  « Macron ou le stade suprême du populisme ».
Le Figaro m’avait pourtant habituée à un peu plus de hauteur de vue.

Pour ce faire, le journal cite comme exemple le « service national obligatoire » comme preuve du grand n’importe quoi aux soit-disant relents populistes prôné par le candidat d’”En Marche!”.
En vérité, c’est Guillaume Bigot, directeur général de l’IPAG Business School, essayiste et membre du Comité Orwell, qui s’y colle. On le sait favorable au retour d’un service militaire d’antan.

On pourrait rire des propos tenus dans cette tribune contre Macron, tant ils sont caricaturaux et contondants. Mais les évènements sordides qui se sont passés au stade de France et au Bataclan ne prêtent pas à rire et  nous ramènent à une cruelle réalité. Et par conséquent, à l’intérêt que peut avoir une telle proposition pour laquelle – il convient d’avoir l’honnêteté de le souligner- tous les candidats à la présidentielle 2017 s’intéressent, de différentes manières.

A titre d’information, le service militaire volontaire ou le service militaire adapté, existe déjà.

Cependant, il ne touche qu’un nombre très réduit de jeunes : moins de 10 000…
Le service militaire obligatoire a, quant à lui, été supprimé en 1997 par Jacques Chirac, qui souhaitait alors professionnaliser les armées.
Depuis cette date, force est de constater que cette même classe politique en vient à regretter la disparition de ce creuset républicain qu’était le service national.

Le site du ministère de la Défense rappelle néanmoins que: « malgré la suspension du service national, l’appel sous les drapeaux demeure, en droit, possible à tout moment, en cas de conflit armé majeur. »

Ce qui signifie qu’à l’heure actuelle des jeunes qui ont suivi le service militaire volontaire peuvent être rappelés pour servir la France. Cela concerne aussi tous ces jeunes qui aujourd’hui ont suivi la formation obligatoire de défense et de citoyenneté.
Sont-ils vraiment préparés et aptes à servir notre pays en cas d’attaques terroristes ou autre conflit armé ?
C’est la vraie question qu’il faut se poser.

Alors, en quoi donc consiste donc cette formation de défense et de citoyenneté ?

Certes, elle est essentielle. Un jeune ne peut pas passer son permis de conduire sans cette fameuse attestation de citoyenneté. Quelle utilité !
Mais surtout, elle consiste en tout et pour tout en une journée.
Une journée ! En tout et pour tout: une journée !

Une journée bien remplie en tâches administratives et autres paperasseries à remplir.
Il est permis non seulement de douter de son efficacité pratique mais également de douter que cette mesure puisse servir à faire naître un quelconque élan citoyen ou patriotique pour les jeunes qui cherchent juste à la caser dans leur agenda en traînant des pieds.

Une journée qui ne permet même pas de s’ouvrir à la mixité sociale tant recherchée : chaque jeune reste dans son coin, au mieux avec des formulaires à remplir ou une conférence à écouter passivement. Elle s’organise ainsi :
Un petit-déjeuner d’accueil, des modules d’informations sur les responsabilités du citoyen et les enjeux de la défense , une information sur le service civique et les autres formes de volontariat, les possibilités d’engagement dans les forces armées et les forces de réserve, des tests d’évaluation des apprentissages fondamentaux de la langue française, un déjeuner commun des appelés – équipes d’encadrement et d’animation, une information « jeunesse citoyenne »consacrée, d’une part, à la sensibilisation à la sécurité routière, et d’autre part, au droit à l’information dont celle relative aux différents dons.
Et, éventuellement une visite des installations militaires.

La motivation des jeunes s’arrête donc bien souvent à l’attente de la remise de ce certificat de participation, obligatoire pour l’inscription aux examens et concours soumis au contrôle de l’autorité publique.

Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui.

Ce que nous avons proposé, nous, MoDem

Après les attentats qui ont  touché la France, les responsables politiques ont été nombreux à soumettre des mesures destinées à mieux lutter contre la menace terroriste.
Beaucoup ont préconisé des mesures de répression, mais aussi de prévention, comme le service civique.
François Bayrou a pour sa part proposé un « service civique universel » obligatoire d’une durée de six mois.
Un moyen selon lui de « faire quelque chose pour que les jeunes apprennent à vivre ensemble »
François Bayrou défendait ainsi notre proposition :
« Il faut faire quelque chose pour que les jeunes Français apprennent à vivre ensemble et que l’autorité puisse leur parler. Il doit  s’agir d’un « service obligatoire, pour garçons et filles ». « Chacun vit désormais dans son coin, enfermé dans son petit cercle ».

François Bayrou préconisait cette mesure sur une durée de six mois.

Le service civique permettrait ainsi à chacun de « rencontrer d’autres origines sociales, d’autres cultures, bref, de refaire un brassage des jeunes ».

Il y a beaucoup de tâches à faire dans la société .

Nous en sommes tous fort conscients et un service civique peut être une réponse générale à propos de quelque chose qui manque cruellement à la société française, un moyen de sortir de cette espèce d’enfermement dans lequel tout le monde se trouve :  « on parle des quartiers à origines diverses qui mêlent des populations dont certaines ne sont pas culturellement adaptées, habituées, à la société française (…) mais il y a d’autres quartiers plus privilégiés d’où aussi on ne sort pas. (…) Je suis persuadé que ce sont des actes ou des décisions de cette importance qui permettront peut-être d’inverser le mouvement (…) »

Emmanuel Macron la reprend, en allégeant sa durée à une période d’un mois.

À titre personnel, je suis plutôt favorable à une durée d’un mois.
C’est cette mesure qui est l’objet de vives critiques et qui est jugée de populiste.

“Un mois inutile, une mesure cosmétique”, disent certains, comme si la journée citoyenne était la panacée !
“Une mesure qui surfe sur l’air du temps où il est bon de paraître républicain, civique et fier de sa nation”, scandent ceux là-mêmes qui n’ont pas d’autres arguments que le fiel et l’amertume.

En quoi donc cette proposition serait-elle populiste?

Si aimer son pays et se soucier de sa jeunesse, si aimer le peuple, si affirmer une position en contradiction avec les choix politiques de certains bien-pensants, de quelques démagogues, c’est être populiste, alors il convient de donner une nouvelle acception au terme populisme.

Au travers de cette mesure, il me semble essentiel de mettre en évidence qu’il ne s’agit  pas de retourner au service national tel que certaines générations l’ont connu, paquets de Gauloises offerts en prime.

Il s’agit de s’adapter à notre époque, à notre siècle!

Il ne s’agit pas non plus de jeter un œil noir sur ces jeunes qui  ne sauraient plus ce que c’est que l’effort et traîneraient sous leur couette jusqu’à point d’heure.

C’est faux. Ce serait là leur tenir un bien mauvais procès !

Les jeunes ont conscience de ce qu’est l’effort, ils savent ce que c’est que de se lever de bonne heure le matin pour aller en classe,  au boulot, faire des jobs saisonniers pour payer leurs études ou à aller à la recherche d’un emploi. Seuls sont qui ont décroché sont en rade.

Que peut-on faire en un mois?

Pendant un mois, on peut apprendre les gestes qui sauvent, faire du secourisme en équipe, se mettre au contact de la réalité des vies, parfois autres, apprendre de l’autre, acquérir une expérience directe de la vie militaire, de ses savoir-faire et de ses exigences, faire l’expérience de la « mixité sociale »et de la « cohésion républicaine ».
En un mois, on peut détecter les difficultés scolaires, notamment l’illettrisme et aiguiller vers les remèdes qui s’imposent.
On peut même parfaire ce projet en imaginant qu’il puisse apporter aux jeunes ce qu’ils n’ont pas trouvé dans leur parcours d’éducation: le goût du sport, de l’environnement, de l’écologie, du numérique.

Peut-être même la confiance en soi et le respect de l’individu.

En un mois, on peut aider les jeunes à préparer leur entrée dans la vie professionnelle comme dans leur vie de citoyen.

Quant aux nostalgiques du service militaire d’antan qui jugent cette période d’un mois trop courte ou trop onéreuse pour être utile, je leur répondrai qu’elle me paraît équilibrée.
Équilibrée pour des jeunes qui passent d’un cursus scolaire à un cursus universitaire sans provoquer de césure dans leur formation.
Équilibrée pour ceux qui se retrouvent en recherche d’emploi.
Équilibrée, à un moment important de la vie où parfois, pour certains, l’avenir devient incertain.

Peut-être serait-il même pertinent que la France en soit le précurseur, qu’elle en fasse un véritable outil démocratique, qu’elle en soit force de proposition pour l’élargir à l’échelle européenne afin de construire une véritable Europe sociale et citoyenne.

À tous ceux qui crient au populisme en réaction à cette proposition, je les invite à regarder le monde actuel tel qu’il est, par le bon bout de la lorgnette. Je les invite à cesser de réfléchir en se disant : « de mon temps… »
Ce temps est révolu. Il n’est plus.

Il nous faut imaginer le monde de demain.

Danièle NOËL
Présidente MoDem 54