… AUSSI SUR LES PRODUITS IMPORTÉS.

AUSSI SUR LES PRODUITS IMPORTÉS…..

L’urgence climatique ne saurait être contestée ! Le réchauffement de la planète est rapide, et un large consensus scientifique est maintenant établi pour affirmer que l’émission des gaz à effet de serre résultant des activités humaines en est la source principale (sinon unique?) : D’une part, l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon et lignite, pétrole et dans une moindre mesure gaz naturel) conduit à des émissions considérables de dioxyde de carbone (CO2) et, d’autre part, le développement important de l’élevage de ruminants entraîne d’importantes émissions de méthane (qui, rappelons-le à une activité comme gaz à effet de serre bien plus importante que celle du CO2). Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le caractère amplificateur du réchauffement qui entraîne lui-même l’émission du méthane piégé depuis des millénaires dans le sol gelé (permafrost) des régions arctiques…. La machine climatique est déréglée et va s’emballer !

Il faut donc agir et vite et au niveau mondial ! La première urgence est incontestablement de diminuer l’utilisation des combustibles fossiles par deux moyens : Diminuer notre consommation d’énergie et substituer les combustibles par d’autres énergies non émettrices (renouvelables et nucléaire). Compte tenu des investissements en jeu (des centaines de milliards rien qu’en France) et des temps de mise en place (des dizaines d’années), il s’agit d’une profonde mutation à engager rapidement mais intelligemment ! Disons tout d’abord (et disons–le fort) que notre pays a des émissions par habitant nettement inférieures à celles de tous les autres grands pays. Il serait donc totalement inapproprié de nous voir imposer des efforts identiques en termes de baisses des émissions à ceux que les « grands émetteurs » devront consentir (USA, Chine, Australie, Canada, Allemagne).

Pour rendre cette mutation possible dans l’économie de marché libre-échangiste qui est celle de nos pays développés, le nouveau ministre de l’environnement vient d’indiquer qu’il entendait mettre en place un taxe carbone très incitatrice pour diminuer l’utilisation des combustibles fossiles. Il s’agit d’un outil qui pourrait être efficace mais qui pourrait générer aussi un immense danger :

– Outil efficace s’il est généralisé, c’est-à-dire que cette taxe élevée puisse créer une réelle compétitivité aux énergies non émettrices qui, aujourd’hui conduisent à des prix nettement supérieurs à ceux obtenus en utilisant le charbon ou le pétrole ; mais peut-on réellement penser qu’un consensus mondial pourrait se faire autour des modalités d’application d’une telle taxe, alors qu’au sein même de l’Union Européenne un tel consensus est difficile à trouver ?

– Outil potentiellement très dangereux pour l’industrie lourde grande consommatrice d’énergie dans les pays qui appliqueront cette taxe qui rendraient leurs productions non compétitives par rapport à celles des pays ne l’appliquant pas ; nos usines fermeraient et les produits seraient alors importés – car nous en avons besoin ! – alors qu’ils seraient souvent élaborés en émettant plus de gaz à effet de serre que s’ils continuaient à être produits en France. Et il se trouve que nous sommes tous sur la même planète !

Comment sortir de ce dilemme sauf à sortir du libre-échangisme avec les conséquences incalculables qui en résulteraient (sanctions réciproques, etc.) ?

Il me paraît tout à fait possible de rétablir la compétitivité de nos industries en faisant supporter la taxe carbone aux produits importés. Il est en effet assez facile de coter une sorte de « teneur carbone » pour de nombreux grands produits (comme les aciers, l’aluminium, les produits pétrochimiques, le ciment, le verre, etc.), et même pour de nombreux produits manufacturés.

Dans notre propre région, une taxe carbone élevée généralisée entraînerait notamment la ruine des industries du sel (carbonate de soude à Dombasle et à Laneuveville, sel à Varangéville), des hauts-fourneaux de Pont-à-Mousson, mais également de nombreuses autres usines (papeteries, cristalleries, etc.), voire même les cimenteries. De plus, une augmentation de la taxe sur la consommation d’énergie électrique – existante mais susceptible d’être fortement revue à la hausse – menacerait directement l’aciérie électrique de Neuves-Maisons (recyclage de ferrailles) et l’usine d’aluminium de Marckolsheim en Alsace.

Faute d’imposer la taxe carbone (et éventuellement la taxe sur la consommation d’électricité) sur les produits importés, il n’y aura bientôt plus en France de raffineries de pétrole et d’unités pétrochimiques, ni de cimenteries, ni de verreries, ni de sidérurgie, etc. Et les engagements de diminution des émissions nationales seront alors très facilement remplis ! Même si, au final, les conséquences en seront ruineuses sur le plan économique, inacceptables sur le plan social et désastreuses sur le plan environnemental !

Il est plus que jamais URGENT d’agir car une telle taxation est probablement incompatible avec les règlements ultra-libéraux de l’Organisation Mondiale du Commerce et le combat sera rude n’en doutons-pas !

Michel PERRUT,
mperrut@free.fr