Petit tour d’horizon de l’évolution de la pensée politique avant les prochaines échéances sénatoriales de septembre 2017.

Le premier ministre, deuxième personnage de l’État après le président de la République et avant le président du Sénat, serait-il l’engrais par lequel le « penser la politique autrement » va voir ses racines croître ?

Si la question ne trouvera sans doute réponse que dans quelque temps, il faut reconnaître qu’Édouard Philippe se démarque de ses prédécesseurs et qu’il impose un style « cash ».

Dans une récente interview accordée au JDD, ce féru de belles Lettres s’accordait à dire : « La distance et l’ouverture, que permet la lecture, sont précieuses quand on est soumis par l’actualité à la dictature de l’immédiateté et à l’absence de profondeur de champ. »

Le texte de la Constitution de la Ve République et notamment l’article 21 nous rappelle que le premier ministre « dirige l’action du gouvernement ». Il est par nécessité le chef de la majorité parlementaire mais c’est aussi à Matignon que se joue la coordination entre les ministres.

Lors du séminaire gouvernemental qui s’est tenu à Nancy les 30 juin et 1er juillet 2017, à propos de cette coordination entre les femmes et les hommes qui agissent, Edouard Philippe a eu cette formule très juste :

« Une équipe, ce n’est pas une addition d’identités, c’est une multiplication de compétences. »

Une formule à laquelle j’adhère tout particulièrement et qui devrait, à mon sens, toujours l’emporter sur tout autre jeu d’appartenance ou d’étiquette pour penser la politique autrement.

 

Faire des ponts plutôt que de creuser des fossés.

 

Penser la politique autrement sera non seulement l’évolution inéluctable de la politique de notre temps mais également l’aboutissement réussi d’années de lutte contre les pensées toutes faites, les guerres de clans et les dogmes.

 

Le parcours d’Édouard Philippe n’est pas parsemé de sauts de cabri. Il est peut-être déjà un des signes de cette avancée puisque Rocardien convaincu, il s’est engagé aux côté d’Alain Juppé pour finalement construire ce nouveau gouvernement.

 

Le chemin politique est loin d’être incohérent.

 

On se souviendra de ce que François Bayrou président du MoDem qui échangeait souvent avec Michel Rocard disait à propos de ce dernier au jour de sa disparition : « C’était un homme qui préférait faire des ponts que de creuser des fossés ou séparer les gens. Il refusait de se laisser enfermer, il refusait le sectarisme. »

 

Penser la politique autrement avant de prétendre la faire autrement, c’est faire des ponts plutôt que de creuser des fossés.

 

A cet égard, le discours prononcé par Premier Ministre dans sa déclaration de politique générale me conforte dans cette conviction qu’il nous faut penser la politique autrement avant de prétendre la faire autrement.

 

C’est sans aucun doute une pensée complexe mais en même temps , je suis convaincue que seule cette gymnastique de l’esprit nous permettra de sortir de l’impasse dans laquelle la France reste coincée depuis des années.

 

Pour ce faire :

 

Des valeurs, un cap, des actes.

 

Autrement qu’en chicaneries, scènes de basse-cour ou de cour de récré.

 

Aucun d’entre nous n’a intérêt à ce que ce gouvernement échoue. La critique caricaturale, les procès d’intention n’auront pour effet que d’entretenir la haine, la colère des Français.

 

Je sais que certains attendent de voir nos concitoyens descendre dans la rue, une fois l’été passé. Ils fourbissent leurs armes, de coups d’éclat en posture. C’est un jeu bien dangereux et irresponsable.

 

Si nous, politiques, petits ou grands élus, avons un devoir de vigilance quant aux discours de méthodes et aux actions entreprises, il est aussi de notre devoir de redonner à la chose publique et politique ses titres de noblesse.

 

Cela nécessite pour quelques uns de faire preuve d’humilité, de sagesse, de hauteur d’esprit.

 

Ce n’est pas si simple tant nous avons été nourris pendant des décennies avec une façon de faire la politique pour le moins archaïque, des pratiques intolérables, et des supports d’information pré-mâchés se servant avidement dans l’immédiateté.

 

Place à la réflexion et à l’analyse.

 

À l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, les partis politiques traditionnels ont tous fait leur mea culpa en affirmant qu’ils devaient se remettre en question.

 

C’est le moment ! Il n’y a plus de reculade possible.

 

Tout est à faire et à prouver.

 

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe faisait ici, référence à la dette : « Sous le regard inquiet des Français, nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort. ». Nous pourrions décliner cette assertion à d’autres fins.

 

Le cap est fixé : « Dire la vérité, travailler avec toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, obtenir des résultats concrets le plus rapidement possible. » Ce que tous ceux qui veulent donner un avenir à la France souhaitent intensément, tous ceux qui « entendent pouvoir rompre avec le mal français d’alternances inutiles, de rendez vous manqués et d’espoirs déçus. » *

 

Il fallait faire preuve d’un peu d’audace pour évoquer tantôt Bob Dylan «combien de fois un homme peut-il tourner la tête en prétendant qu’il ne voit pas ?» tantôt Diamond Jared .

 

Si d’aucuns extrémistes de Droite choisissent encore d’y voir le moyen d’aller cueillir des pâquerettes, je ne peux que leur souhaiter de rester au ras du sol.

 

Parce qu’on le veuille ou non, la politique est en train de s’élever, et aucune erreur de pilotage ne sera permise sous peine de crash violent.

 

Il est de notre devoir de participer à maintenir le cap et non pas de semer la route de peaux de bananes, d’innover face aux dangers, d’ouvrir les yeux et de lutter contre ce que Diamond Jared nomme « l’aveuglement des chefferies », qui mènent une vie protégée au détriment de l’autre, de celui que la société considère comme « rien » et de cesser de faire de l’homme ou de la femme politique « cet animal suicidaire ».

 

Nous avons le choix :

 

Sombrer dans l’immédiateté ou prendre le temps de l’analyse,

 

Voir ou tourner la tête,

 

Empêcher ou agir,

 

Accorder sa confiance ou détruire.

 

La confiance que j’accorde aujourd’hui à ce nouveau gouvernement est responsable et par conséquent exigeante. Elle est celle que lui ont accordée les membres du MoDem, Jacqueline Gourault en sa qualité de Ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’Intérieur , Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées ainsi que les 47 députés MoDem et apparentés qui ont été élus le 18 juin. **

 

Une confiance que Marc Fesneau , le président du groupe à l’Assemblée nationale qualifie de »forte, loyale et exigeante (…) tant les défis sont nombreux » (…) dans « une stratégie du dépassement des antagonismes que nous connaissions. »*

 

Dans cette année riche en politique, il nous reste encore un inconnu: le Sénat.

 

Et par conséquence, le prochain troisième homme ou femme par ordre protocolaire, de l’État.

 

En effet, le 24 septembre 2017, ce sera au tour du Sénat d’être partiellement renouvelé. Ici, pas d’abstention puisque le vote est obligatoire.

 

Pour la première fois sous la Ve république, les élections présidentielle, législatives et sénatoriales ont lieu la même année.

 

Nous y verrons alors comment cette confiance des élus se caractérise et comment cette façon de penser la politique autrement se concrétise.

 

Danièle NOËL
Présidente MoDem 54

 

 

Pour aller plus loin :

* Discours de Marc Fesneau président du groupe Modem et apparentés, à l’Assemblée nationale

** Groupe MoDem et Apparentés . Découvrez vos députés !

***Élections sénatoriales