A chaque déclaration du président de la République, c’est la même ritournelle : les bien- pensants et les merles moqueurs font sonner leurs crécelles. Et pourtant…

Le réchauffement climatique a été un des sujets les plus importants du dernier sommet du G2O. Nécessairement, tous les regards étaient tournés vers Donald Trump, puisque le président des États-Unis avait annoncé sa volonté de sortir de l’accord de Paris.

Il n’a pas failli à sa menace: sur ce point, le divorce avec les États-Unis est engagé.

Donald Trump s’enorgueillit même d’avoir joué la forte tête et de claironner en solo contre tous « ces mauvais accords qui ont été passés »…

Face à ce son de trompette de la renommée bien mal embouchée, le président de la République française a fait cette déclaration qui ne peut pas tomber dans l’oreille d’un sourd :

“ On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme, si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique », ajoutant « les grands déséquilibres de notre monde, ceux que nous sommes en train de vivre, sont liés au déséquilibre climatique que notre mode productif international a généré. “

Le message n’était pas bien complexe à comprendre. Il s’adressait bien sûr au monde entier mais aussi à Donald Trump. Souvenons-nous que ce dernier n’hésite pas à traiter les terroristes de « losers », autrement dit des ratés, et que, pour lui, « le réchauffement climatique est un canular ».

On nage en plein « bad trip »!..

C’est sans doute la raison pour laquelle Emmanuel Macron a annoncé un nouveau sommet international sur le climat le 12 décembre en expliquant qu’il espérait encore convaincre Donald Trump de revenir sur sa position.

Alors, soyons un peu sérieux. Tout cela mérite bien que l’on cherche à aller un peu plus loin dans la relation de cause à effet. Et pourtant….

Comme à son habitude, la machine à broyer démarre au quart de tour.

Les merles moqueurs se moquent. Les persifleurs persiflent.

La toile s’enflamme et les réseaux hilares se marrent.

Les politiques également. Et sans complexe, certains tirent à boulets rouges.
Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation, tacle violemment Emmanuel Macron qui selon lui  » franchit le mur du çon « . Nadine Morano, députée européenne LR, dénonce une association  » totalement hors sujet  » . Quant à Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône, elle y va aussi de son couplet en un :  » De qui Macron se moque-t-il avec ses excuses au terrorisme ? « 

De qui se moque -t-on ? Et pourtant…

Il est pourtant vrai que ces dernières années, plusieurs études très sérieuses ont découvert que la hausse des températures dans le monde était un facteur d’instabilité politique, créant ainsi les conditions favorables à l’émergence de groupes comme Daech.

S’il est un fait que l’on ne peut taire, puisqu’il est né dès les années 70, c’est que de nombreux rapports nationaux et internationaux montrent les liens entre changements climatiques et terrorisme. A l’ époque, on regardait ces rapports avec des yeux ronds et écarquillés en se demandant si tout cela était bien sérieux. C’était en 1970…

C’est dans les années 2000, quand le changement climatique s’est imposé comme un nouvel enjeu international majeur, que l’attention politique s’est renforcée et renouvelée.

Visiblement, quelques-uns ont dû zapper le débat.

Ou à l’instar de Donald Trump, sans doute préfèrent-ils jouer les gros bras, se mettre des œillères et se voiler la face. Forcément ça en bouleverse quelques uns qui ne peuvent plus « vendre » l’islamisme radical comme seule et unique cause du terrorisme.

Quelles sont ces études entre « terrorisme et climat »?

Les militaires américains avaient pris conscience dès les années 1990 de l’émergence de nouveaux risques liés au changement climatique et tiraient le signal d’alarme dans un rapport rendu public.

En 2003, le Pentagone établissait un lien entre sécurité et changement climatique.

En 2007, les institutions de défense des États-Unis parlaient du changement climatique comme d’un « multiplicateur de menaces ».

En 2014, c’est encore un très sérieux rapport du Pentagone qui traduit le lien entre le réchauffement climatique et le terrorisme en démontrant qu’ il aggrave des facteurs de terrorisme, de famine et de maladies infectieuses existants :

“Les conséquences du réchauffement climatique risquent de déstabiliser d’autres pays. Elles compliqueront l’accès à l’eau et à la nourriture, endommageront les infrastructures, contribueront à la propagation des maladies, déracineront les populations, entraîneront des migrations de masse, interrompront l’activité commerciale et réduiront l’accès à l’électricité”, expliquait-il.

“Ces évolutions pourraient ébranler des gouvernements déjà fragiles et incapables de trouver des réponses efficaces ou de rivaliser avec les gouvernements stables, tout en augmentant les tensions et la compétition entre pays pour accéder à des ressources limitées. Ces déficits de gouvernance favorisent les idéologies extrémistes et les conditions propices au développement du terrorisme.”

En 2015, Mary Robinson, Présidente de l’Irlande de 1990 à 1997, mettait en garde contre ce double fléau en affirmant que “changement climatique et radicalisation seront vraisemblablement de plus en plus liés » :

« Dans un monde où le changement climatique exacerbe les problèmes quotidiens de populations dont la pauvreté ou le statut social fragilisent déjà les droits, les risques de radicalisation sont très élevés. On voit apparaître de plus en plus de preuves des liens qui unissent les conflits et le changement climatique. »

A cette même époque, les chefs d’État du monde entier reconnaissaient que le changement climatique représentait une menace évidente pour la sécurité.

Le président américain Barack Obama déclarait ainsi : « This is an economic and security imperative that we have to tackle now. » *

Tandis que David Cameron annonçait : « Climate change is one of the most serious threats facing our world. And it is not just a threat to the environment. It is also a threat to our national security, to global security, to poverty eradication… »

Avant les attentats de Paris de 2015, au Royaume-Uni, le prince Charles avait également fait le lien entre le changement climatique et la guerre en Syrie. Il disait alors : « Nous refusons de gérer le problème. C’est terrible à dire, mais certains d’entre nous disaient déjà il y a vingt ans que si on ne prenait pas ces questions-là à bras-le-corps, la pénurie de ressources engendrerait de plus en plus de conflits et la sécheresse, de plus en plus de difficultés. Tout cela s’ajoute aux effets cumulés du changement climatique, et force les populations à se déplacer. »

En 2016, c’est Bernie Sanders, l’adversaire d’Hillary Clinton pour l’investiture démocrate à la présidentielle américaine, qui affirmait, en citant des rapports du Pentagone et du ministère de la Défense, que « le dérèglement climatique est directement lié à l’expansion du terrorisme. »

En avril 2017, c’est au tour de l’Allemagne de se pencher sur la question et de constater que le changement climatique est le terreau du terrorisme.

Le think tank allemand Adelphi publie alors un rapport intitulé « Insurrection, terrorisme et crime organisé face au réchauffement climatique. » ****

Lukas Rüttinger, auteur du rapport, affirme bien que le changement climatique ne crée pas les terroristes, mais qu’il contribue à créer un environnement favorable à son développement: rie« Les groupes terroristes utilisent de plus en plus les ressources naturelles comme une arme de guerre, en contrôlant leur accès et en exacerbant les pénus. Plus les ressources sont rares, plus le pouvoir de ceux qui les contrôlent augmente. »

En France, c’est depuis 2016 et plus particulièrement en cette année 2017 que la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) met clairement en avant que les défis des changements climatiques affectent d’une façon ou d’une autre la sécurité humaine.

« Les changements climatiques à eux seuls ne sont pas directement responsables du déclenchement d’un conflit, mais contribuent à aggraver la situation économique, sociale, politique et militaire dans certains pays en favorisant l’apparition de crises internes, elles-mêmes susceptibles de déboucher sur des crises régionales et internationales. » *****

Un contrat-cadre est coordonné par l’Institut des relations internationales et stratégique (IRIS) autour d’une équipe pluridisciplinaire d’une trentaine de chercheurs internes et externes (FRS, GRIP).

Les militaires américains et britanniques ont pleinement intégré le dérèglement climatique dans leurs préoccupations et leur doctrine.

A part bien sûr, Donald Trump.

La France s’y met.

Les commentateurs zélés continuent à s’en moquer. Encore et encore… Pire ! Ils nient le lien de cause à effet entre dégradation du climat et terrorisme.

Bien grand risque que voilà !

Alors, par Jupiter ! Quel crime de de lèse-majesté Emmanuel Macron a-t-il commis ?

Aucun, sinon d’avoir dit la vérité : “On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme, si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique »

Une vérité que certains choisissent de condamner. Le réchauffement climatique est le terreau du terrorisme. Il n’en est pas la seule cause.

Gardons -nous donc des procès politiques. Tous les maux doivent être traités en connaissance de cause et éradiqués là où ils prennent racine. Mais on ne peut prétendre combattre durablement le réchauffement climatique et le terrorisme en niant des causes avérées .

Ce qui me laisse à penser à ce fameux procès qui condamna à la prison à vie celui qui osa dire:

« E pur si muove ! »

Danièle NOËL
Présidente MoDem 54

Photo credits: Kurdishstruggle/Flickr.com [CC BY 2.0]

Sources :

* http://www.reuters.com/article/us-climatechange-summit-obama-resources-idUSKBN0TK4LW20151201

** https://www.usatoday.com/story/news/world/2015/11/23/prince-charles-syria-climate-change/76248500/

*** https://www.youtube.com/watch?v=ojFfyQFIINc

**** https://www.climate-diplomacy.org/publications/insurgency-terrorism-and-organised-crime-warming-climate

https://www.theguardian.com/environment/2017/apr/20/climate-change-will-fuel-terrorism-recruitment-adelphi-report-says

***** http://www.defense.gouv.fr/dgris/recherche-et-prospective/observatoires/observatoire-geopolitique-des-enjeux-des-changements-climatiques

Quelques autre liens encore par ici :

http://www.agenceecofin.com/securite/2104-46786-le-changement-climatique-favorise-le-terrorisme-et-le-crime-organise-etudes

https://www.consoglobe.com/comment-le-changement-climatique-renforce-les-groupes-armes-et-terroristes-cg

http://www.tpi.it/mondo/africa-e-medio-oriente/cambiamento-climatico-aiuta-reclutamento-terroristico

http://www.novethic.fr/empreinte-terre/climat/isr-rse/comment-le-changement-climatique-exacerbe-la-menace-terroriste-144385.htm