Le cimetière de Labry, une commune du Jarnisy, en Meurthe-et-Moselle a connu il y a quelques jours des actes de vandalisme. Une quarantaine de tombes chrétiennes ont été saccagées : « trente-cinq ornements funéraires, principalement des crucifix et des plaques, ont été déplacés. »

L’acte est coupable. Le sentiment de colère et de révolte qui en résulte est humain et légitime.

Le village est en émoi et les familles qui ont subi ces dégradations sont sous le choc. Toucher aux sépultures, c’est toucher au sacré; c’est salir, spolier, choquer, c’est symboliquement marquer un irrespect à l’égard de nos morts. C’est une profanation.

Dans son acception, la profanation est un acte dit sacrilège, consistant en un mélange réel ou symbolique d’éléments du sacré avec des éléments du profane, d’une façon qui n’est pas prévue par les règles et rituels du sacré, ou qui va à leur encontre. La profanation est un manque de respect du sacré.

« Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence. »

C’est écrit dans la loi.

Dura lex, sed lex. La profanation est inacceptable.

Ici, la valeur morale ajoute au caractère dérangeant et choquant des faits commis.

Là où chaque lieu sacré est réservé au recueillement, à la retenue, à la méditation, au souvenir, l’indignation naturelle qui doit naître d’une telle profanation doit se montrer à la hauteur de cette retenue.

Au lieu de cela, le cimetière de Labry est devenu un lieu quasi « médiatique » où quelques personnalités ont jugé nécessaire de s’y montrer, d’autres de faire de tonitruantes déclarations . Cela n’a conduit qu’à alimenter les tensions extrêmes.

Alors que l’indignation était de mise, alors que la circonspection s’impose en de telles circonstances « se demander si on ne cherchait pas à s’attaquer à nos racines chrétiennes » ne peut que nuire, faire monter la haine, la suspicion, l’amalgame, la désignation d’un profane coupable tapis dans l’ombre.

Les profanes responsables ont été interpellés. Ce sont trois adolescents. Ils n’ont pas d’excuses. Ils sont coupables.

Coupables également de bêtises, de désœuvrement, de mal-être.

Le maire de Labry fort intelligemment a tenu à relativiser la portée des faits sans pour autant les minimiser. Le plus âgé de ces trois jeunes est fortement perturbé depuis la mort de son père il y a un an.

Ce sont les faits; ils ne souffrent pas d’amalgame.

Le curé de la paroisse quant à lui, dans une déclaration mise en ligne sur le site du diocèse de Nancy, a qualifié les dégradations d’une « affaire de potaches » et a proposé qu’il soit expliqué aux auteurs des faits « qu’on respecte un cimetière comme on se respecte soit-même ».

Le respect

Tel est bien le maître mot de cette triste histoire. Respecter l’autre, même dans ce qu’il a de différent, c’est se respecter soi-même.

Respecter le sacré, respecter l’existant, la mémoire, le bâti, c’est respecter l’histoire de l’humanité, son passé et son devenir.

« Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse ».

Cette maxime est souvent appelée la « Règle d’or ».

Cette règle s’applique au collectif, à tous, à notre société: « Ne fais pas ce qui rendrait le monde invivable si tout le monde faisait ce que tu as envie de faire ».

On  retrouve cette règle, sous des formulations voisines, dans la plupart des religions, philosophies ou cultures du monde.

La pondération

La pondération des pouvoirs et des esprits; telle est sans doute la valeur qu’il nous reste encore à cultiver dans notre société afin de nous amener au discernement, de nous détourner des jugements hâtifs et à l’emporte-pièce et de nous méfier des réactions qui s’inscrivent dans l’immédiateté .

Les réactions aveugles et épidermiques ajoutent de la haine à la haine.

Je suis de tout cœur avec les familles dont les sépultures ont été vandalisées.

Il nous reste cependant collectivement à nous interroger sur ce qui a pu fait naître un tel désœuvrement chez ces adolescents. Ceux-ci  doivent aujourd’hui prendre conscience et mesurer l’impact de leurs agissements.

Le vandalisme ne doit pas nous conduire à l’ignorance.

« La sottise ne parle jamais à voix basse. »

Danièle NOËL
Présidente MoDem 54
Le 05/08/2015