A grand renfort de tapis rouge, la Lorraine est fière d’accueillir une entreprise chinoise fabriquant des LEDs (éclairage de demain) dans la Meuse, ce qui ne manque pas d’inquiéter l’entreprise d’éclairage public nancéienne ECLATEC qui se sent dangereusement concurrencée, comme d’ailleurs d’autres sociétés françaises présentes sur ce marché qui n’est pas extensible à l’infini, surtout en période de restrictions budgétaires.

Eclatec, installée à Maxéville (54), est devenue le leader français de la fabrication de luminaires d’éclairage public à LEDs. Photo Est Républicain - Fred MARVAUX

Eclatec, installée à Maxéville (54), est devenue le leader français de la fabrication de luminaires d’éclairage public à LEDs. Photo Est Républicain – Fred MARVAUX

Le problème soulevé est récurrent ! Souvenons-nous lors de la crise de la sidérurgie, l’Etat a lourdement investi dans la région de Longwy pour soutenir l’implantation de différentes entreprises japonaises (PANASONIC) et coréennes (DAEWOO), entre autres, qui ont durement concurrencé des entreprises françaises: MOULINEX (micro-ondes), THOMSON (hifi, télévision), etc… ont d’ailleurs fait faillite ensuite. Il s’agit d’un avatar du libéralisme mondialisé et des concurrences sauvages entre pays, mais aussi entre régions (ni MOULINEX, ni THOMSON n’avaient d’usines dans l’Est) : Il fallait ne pas désespérer Longwy, éviter un embrasement social et montrer qu’un avenir restait possible ! Même au prix du désespoir d’Alençon (Moulinex) ou d’Angers (Thomson). Notons aussi que, sauf erreur, toutes ces entreprises ont fermé depuis !

Dans ces temps difficiles de chômage de masse, les hommes politiques ont besoin d’annonces positives, quitte à ce qu’elles créent ensuite des problèmes. Ils peuvent toutefois arguer du fait que, faute d’accueillir cette entreprise en Meuse, elle serait allée à quelques km de là, en Belgique, au Luxembourg ou en Allemagne.

En fait, il faudrait raisonner en termes systémiques, c’est-à-dire en prenant en compte non pas seulement l’impact local immédiat mais l’ensemble des problèmes et avantages en résultant.

Dans le cas d’espèce, je crois qu’il fallait sans doute accueillir les Chinois, mais il aurait fallu en même temps aider de façon significative leurs concurrents français (dont ECLATEC) à améliorer leur compétitivité, par exemple par des aides importantes en R&D, en marketing export, etc. et, même au-delà, en leur assurant des commandes publiques pour supporter un cap sans doute difficile lorsque l’usine chinoise montera en puissance. Il aurait fallu aussi s’assurer de la bonne foi des Chinois pour opérer une véritable usine de production et non une simple plate-forme d’importation de produits chinois qui seraient alors, moyennant une transformation minimale, labellisés « Made in European Union ». Et, dans le long terme, qu’il n’y ait pas tromperie dans les réponses aux appels d’offre publics sur l’origine réelle des produits…

Vastes défis de la mondialisation supposée être « heureuse » ( ?).

Michel Perrut (michel.perrut@atelier-fsc.com)
Membre du bureau MoDem 54

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