Devons-nous renoncer à notre système de soins ?

10885398_854147751302560_324769957761656841_nUn des volets de l’action politique doit être consacré à l’accès aux soins des habitants de notre pays. Sûrement pas à n’importe quel prix, mais surtout en le rendant de qualité et en s’assurant de son efficience.

Le signal entendu actuellement avec le préavis de grève des médecins généralistes, de SOS Médecins et celui des médecins urgentistes ne doit pas nous laisser indifférents.

Il est possible, comme le fait très bien madame la ministre Marisol Touraine, de faire la sourde oreille en affirmant que les personnes malades « trouveront à se faire soigner pendant les fêtes de fin d’année, malgré la grève des médecins libéraux. Les services du ministère de la Santé seront évidemment en contact dans chaque département avec les médecins pour voir qui sera sur place, qui pourra assurer les soins et, par ailleurs, les services hospitaliers accueilleront ceux qui auront besoin d’être accueillis ». Voilà comment madame la ministre souhaite régler les problèmes, en décalant la problématique vers l’hôpital, mais en évitant soigneusement d’évoquer la dégradation du système de soins, et ceci depuis la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoires ndlr.) de 2009 mise en place sous l’ancien gouvernement. Il serait naïf de croire que l’hôpital a les moyens de faire ce que la médecine de ville doit faire et ne fait plus….et ceci en plus des missions qui incombent aux urgences, et bien sûr à effectif constant, cela va sans dire.

Les professionnels de santé n’ont de cesse depuis plusieurs années de souligner la dégradation des conditions de travail, l’inadéquation des moyens d’hospitalisation et la prise de risques des soignants.

Il est audible qu’il faille réformer la loi de santé afin de tendre vers l’efficience et ceci dans l’intérêt général du système. Mais doit on le faire n’importe comment et à n’importe quel prix ? Doit-on laisser sonner les alarmes des organisations professionnelles ? Et pourtant c’est ce que le gouvernement de François Hollande, par la voix de Marisol Touraine, s’apprête à faire.

Il faut pouvoir prévoir un cadre réglementaire global tenant compte de l’ensemble de la filière des soins :

Tout d’abord, la médecine de ville :

La loi doit permettre et encourager une médecine de ville efficace. Autrement dit, la possibilité pour les médecins généralistes de travailler dans de bonnes conditions, et ceci par une reconnaissance de leur pratique et par l’organisation de modalités adaptées de formation continue. Il s’agit là d’un des leviers possibles pour faire diminuer le recours à l’hospitalisation. Il est bien démontré que, si l’on organise de façon volontaire le champ de la prévention, on évite bien des maux pour les patients, et ceci est encore plus vrai pour les personnes âgées.

Il ne s’agira pas non plus d’oublier que les patients sont malades le jour, mais la nuit ET LE weekend également : il est donc également nécessaire d’organiser ce que l’on nomme la permanence des soins de ville. Sans quoi, ces patients vont aboutir inéluctablement aux urgences, où ils viendront grossir le nombre de patients, dans des conditions d’attente inadaptées, et parfois subir des conséquences délétères pour leur santé. La prise en charge des enfants de familles monoparentales peut relever du numéro d’équilibriste en l’absence de médecin de garde. Que penser de la situation du patient en fin de vie qui doit venir aux urgences trouver un traitement de « confort », alors que les conditions d’accueil y sont pour le moins inadaptées ? Quid de patients supportant des douleurs cancéreuses à domicile, nécessitant un brancardage puis l’attente aux urgences sur un brancard, avant d’être enfin soulagés ? Notre société, à notre sens, ne peut en même temps réfléchir à une fin de vie sereine et respectueuse, et, dans le même temps, ne pas proposer une prise en charge efficace en dehors des heures de bureau !

Les services d’urgences :

A l’heure où ils sont contraints de pallier à ces difficultés, les services d’urgence souffrent de plus en plus de cette situation. Que cela soit au SAMU, par un afflux d’appels, ou aux urgences avec de nombreux patients qui « consomment » des urgences par défaut, rendant encore plus difficile la gestion des autres patients.

L’aval des urgences :

Il ne s’agira pas non plus d’oublier que depuis la loi HPST donnant encore plus de pouvoir au Directeurs d’établissements, les hospitalisations non programmées sont devenues de plus en plus difficiles, par manque de lits « disponibles ». Deux raisons à cela : la restriction des lits de gériatrie, et le vieillissement de la population. Autrement dit, la population vieillissant inéluctablement, nous aurons de plus en plus de personnes âgées à hospitaliser, sans lit d’aval adapté

Pour conclure, nous n’allons pas dans la bonne direction. Les décisions prises (tiers payant au cabinet, fermeture de lits dans les hôpitaux, négation des problèmes de manière générale, etc.) ne répondent pas aux besoins et aux changements de notre société. La conséquence première est que cela obère clairement le bien « vieillir » ensemble.

L’accès aux soins pour tous reste une nécessité fondamentale et c’est en prenant de sages et de fortes décisions que l’on pourra remplir cet objectif :

  • Assurer une médecine de ville efficace pour prévenir les hospitalisations en lui donnant les moyens nécessaires :
    • Revenir sur le tiers payant
    • Former les médecins (et la société en général) à la prévention
    • Garantir les maisons médicales
    • Rendre obligatoire la permanence des soins 24h/24
  •  Donner les moyens aux hôpitaux de pratiquer les soins nécessaires aux patients et permettre une meilleure gestion des lits :
    • Stopper la fermeture des lits de médecine
    • Permettre d’hospitaliser nos personnes âgées dans des structures adaptées.
    • Arrêter les coupes dans les personnels hospitaliers

Nous avons en cela les moyens de le faire, et l’action politique doit en donner l’impulsion et agir pour permettre sa réalisation, et non l’empêcher.