Assises de l’Education nationale et réforme du collège : poudre aux yeux et incohérence

Affiche de la semaine pour les langues anciennes. 2014

Affiche de la semaine pour les langues anciennes. 2014

Le gouvernement se penche activement sur notre système scolaire.

D’une part, au travers des Assises de l’Éducation nationale et, d’autre part, en portant une nouvelle réforme du collège.

Les Assises de l’Éducation nationale, si elles vous ont échappé, sont un grand moment de débat sur notre territoire. Elles se déroulent depuis le 16 février et jusqu’au 24 avril, pour être nationalement conclues mi-mai.

Ces Assises ont pour objectif de mutualiser les analyses, expériences et propositions pour compléter et assurer la mise en œuvre des premières mesures annoncées par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale.

Elles sont ainsi annoncées comme étant une réflexion de tous les partenaires  » dans une société en perte de repères et caractérisée par une forme de relativisme ambiant qui favorise amalgames et indifférences, et après les attentats qui ont visé le cœur des valeurs républicaines, la mobilisation du peuple français est porteuse d’une exigence vis-à-vis de l’ensemble de la société, et singulièrement de l’École dont le rôle et la place dans la République sont inséparables de sa capacité à faire vivre et à transmettre la laïcité. »

C’est dans ce cadre que j’ai participé à la rencontre qui  s’est tenue à Nancy sur le thème :

« Comment lutter contre les discriminations sociales et territoriales ? » 

Il est toujours essentiel de rappeler que le débat et la confrontation d’idées sont plus que louables dans une société qui est loin d’être apaisée et que les valeurs de la république, gravées dans le marbre, ne se négocient pas.

La communauté de destin est essentielle, la fraternité doit en être le ciment. Notre liberté a été chèrement acquise et l’égalité reste un combat de chaque jour. La République est notre maison commune.

Se mobiliser pour faire vivre ces valeurs, au sein même de là où se transmettent les savoirs et les savoir-faire, c’est-à-dire à l’école, est donc une noble cause.

Qu’en est il réellement ? 

La pertinence des acteurs qui participent à ces Assises est remarquable. Les constats sont justes, concrets, en phase avec la réalité : que ces constats viennent de la communauté éducative, des services de l’État ou des associations locales.

Que penser alors dans un premier temps de la réflexion faite lors de ce débat par la députée socialiste qui se demandait si « l’ascenseur social fonctionne encore ? ». J’aurais souhaité plus d’enthousiasme et d’espoir d’avenir meilleur.

C’est pourtant bien Jean Jaurès qui décrivait au début du vingtième siècle la manière dont il percevait l’instruction publique : « Donner à chacun les moyens de développer toute la puissance de son esprit, d’exercer un contrôle efficace sur sa propre vie et sur les affaires publiques ».

Donner à chacun les moyens de développer toute la puissance de son esprit, c’est offrir une culture commune  -et pas seulement une culture encyclopédique- et un enseignement de qualité pour tous : une meilleure maîtrise des compétences de base, l’ouverture de l’école sur le monde, la réduction des inégalités au sein du système scolaire. 

Cela est un de nos fers de lance au Mouvement Démocrate : Instruire.

La clé de l’intégration, c’est l’éducation.

Il faut encore et encore le marteler.

De quels moyens disposons-nous ?  

A l’heure actuelle, nous disposons ou plutôt nous subissons une nouvelle réforme scolaire. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) vient d’adopter à une large majorité (51 pour, 25 contre, 1 abstention) la réforme du collège.

Une réforme scolaire manquée. Une fois de plus. C’est à en perdre son latin.

Alors qu’il est question dans cette réforme de « mettre fin à la ghettoïsation des collèges »,  la mort des langues anciennes est annoncée. Dans la réforme du collège , le latin et le grec ne sont plus des options. Ces matières , qui étaient déjà reléguées aux heures « bouche-trou », sont définitivement rétrogradées en  enseignements dits « de complément ».

Quant aux sections européennes du collège et les classes « bilangues » (deux langues vivantes dès la 6e) disparaîtront, sauf cas particuliers, mettant en danger à plus long terme, les sections ABIBAC et les programmes ERASMUS, ERASMUS+.

A ce compte, l’Éducation nationale risque fort de connaitre une nouvelle perte et une fuite des effectifs. Désormais ces enseignements précieux, ces clés qui ouvrent les portes, seront réservés aux seuls privilégiés, aux leçons particulières et aux établissements privés.

Je ne suis pas certaine que la laïcité en profitera, que les ghettos scolaires en sortiront socialement diversifiés et que l’ascenseur social ne retombera pas en panne sèche…

A la question posée lors de ces Assises « Comment lutter contre les discriminations sociales et territoriales ? », j’ai réaffirmé l’importance de l’apprentissage des langues, de la connaissance des autres cultures, de la survie des classes européennes, des échanges scolaires avec nos partenaires frontaliers, de l’enseignement de l’histoire, du développement de la capacité non seulement d’apprendre, de connaitre, mais aussi la capacité d’analyse et de synthèse.

L’ouverture de l’école sur le monde passe par l’apprentissage de notre langue, des langues étrangères et des langues mortes. Ces apprentissages vont au-delà de l’usage de la communication : elles sont découvertes de civilisations, d’histoire, et c’est autour de cela que se construit une culture commune.

En outre, cet apprentissage des langues est d’autant plus un facteur d’avenir en Lorraine où la «Stratégie France» que nous souhaitons mettre en place avec la Sarre vise une véritable intégration franco-allemande, qui passe par le plurilinguisme.

Nous allons à contre courant  de nos partenaires frontaliers européens : d’ici 2043, le Français se verra attribuer le statut de «langue officielle» en Sarre, permettant d’effectuer toute démarche administrative dans les deux langues.

Avec un peu de chance, deux lignes apparaitront peut-être dans le compte-rendu de ces Assises. Elles prouveront l’incohérence des réflexions menées et l’adoption de cette nouvelle réforme du collège.

Aujourd’hui, il m’est permis de me demander à quoi vont bien pouvoir servir les résultats glanés lors de ces Assises de l’Éducation nationale.

Supprimer les langues anciennes, la formation humaniste, la tradition classique du latin et du grec, les sections bilingues, européennes et internationales, c’est un déni de politique sociale.

Ainsi que le soulignait François Bayrou, « Alors que l’État se drape de la toge de ceux qui veulent défendre les plus défavorisés, il dénigre nos principes républicains. Ceux qui parlent de reconstruire l’éducation nationale, hélas, sont en train de la ruiner.  »

Non scholae sed vitae discimus, attribue-t-on à Sénèque.

Nous n’apprenons pas pour l’école mais pour la vie.

Danièle NOËL 

Présidente MoDem 54 

Le 14/04/2015